Bienvenue dans mon petit monde ! Lectrice assidue depuis l'enfance, écrire est rapidement devenu pour moi une passion. Je vous propose de découvrir des extraits de mes livres, mes nouvelles et mes poèmes. Humour, tragédie, fantastique, Fantasy, j'espère que vous trouverez un univers qui vous parle. N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire et à partager. Sophie
LE Prince Royal Aartax-le-Brun arriva à Taal peu après ce qui resta dans les mémoires comme le « Grand Incendie », Dollysia, en Taalite. Dès l’aube qui avait suivi le drame, un messager à cheval avait été dépêché depuis la capitale toal-gahnienne pour aller au-devant d’Aartax, sur le chemin du retour après avoir victorieusement défendu les frontières au nord et à l’est du Royaume. L’envoyé de Taal n’était autre que Niegel, aide de camp et ami proche de Taroan-de-Belfé, lui-même Dar Féal et propre demi-frère du Prince. Niegel avait finalement trouvé le campement princier établi pour la nuit à hauteur du village de Bliss afin de permettre aux torkens des Seigneurs Guerriers de se reposer. Ce fut donc en ce lieu qu’Aartax avait été tenu informé des évènements tragiques survenus alors que lui-même rentrait de l’Orialt. Lorsque l’Ario Niegel, qu’il avait aussitôt reconnu, s’était présenté à lui au beau milieu de la nuit, autant épuisé que poussiéreux par sa course quasiment ininterrompue et la mine défaite, le Prince avait deviné sans peine qu’il était porteur de la mauvaise nouvelle qu’il redoutait depuis l’annonce de la blessure de son père, le Reg Hardogan-le-Rude. C’était d’ailleurs par crainte de ne pas revoir ce dernier vivant que, dès lors que l’issue des combats avait enfin été certaine, il avait décidé de se rendre sans plus attendre à son chevet, laissant le haut commandement des troupes toal-gahniennes aux mains du probe Eminéo Soran, père de la future épouse de Taroan. Mais apprendre la mort conjointe de ses parents, celle de la derwid Myrtan’– mère de Taroan – ainsi que la forfaiture de l’Ario Gaéric 1, l’avait si fortement ébranlé qu’il avait fait seller son torken sans délai pour rallier la Maison Forte ventre à terre, accompagné par une escorte réduite à deux hommes.
Deux jours plus tard, tout en menant Jahouen – ruisselant de sueur malgré le froid hivernal – vers la cour haute du Cast, Aartax observait avec effroi les restes noircis et hérissés de la tour, béant comme une immense blessure à ciel ouvert. Les dégâts causés à l’édifice étaient irrémédiables : s’ils avaient été limités au départ à la Tour Royale, une partie de la toiture avait fini par s’écrouler, causant de nouveaux et sérieux dommages.
- Comment tout cela a-t-il été possible ? furent les premiers mots d’Aartax en descendant de cheval.
Il avait été accueilli par Taroan et le vieux Dar Féal de leur père, le fidèle Quitbur. Ce dernier, éprouvé par la mort d’un souverain qu’il aimait comme un fils, semblait prématurément vieilli. Aartax, la gorge nouée, l’avait serré contre lui, après avoir embrassé son demi-frère avec non moins d’émotion. Ce dernier, qui avait décidé de taire le rôle joué dans la tragédie par Méromée, la mère d’Aartax, laissa Quitbur relater les tragiques évènements. Le vieux guerrier décrivit la Reggia comme une victime collatérale qui s’était retrouvée en travers de la route de Gaéric, si pétri de ressentiment à l’encontre de Taroan qu’il en était devenu un vil meurtrier. Seul le Dar Féal avait découvert que Méromée était, en réalité, la complice – et plus encore – de son ennemi personnel, car sa haine à elle envers sa rivale et son fils était au moins aussi violente. Taroan ignorait toutefois si Gaéric avait vraiment tué sa royale maitresse ou si la mort de cette dernière avait été accidentelle. En tout cas, le coupable de cette tragédie avait réussi à prendre la fuite et, sans les pouvoirs de sa mère qui y avait laissé la vie, Taroan n’aurait pas eu la moindre chance de réchapper à l’épée de Gaéric. Le Reg, quant à lui, n’avait survécu à la mortelle blessure reçue sur les champs de bataille que le temps de revoir une dernière fois celle qu’il n’avait jamais cessé d’aimer, la derwid Myrtan-de-l’Yrath-Freiya.
Juste après s’être ensuite entretenu avec Sylaé, le somniaire royal, Aartax voulut rendre un dernier hommage à ses parents. Les corps des souverains, veillés jour et nuit dans la crypte mortuaire, avaient été placés sous un haut dais funéraire en bois sombre richement sculpté. Les températures glaciales avaient permis de conserver les dépouilles intactes et de retarder leur inhumation jusqu’au retour de leur héritier.
Celui-ci tressaillit en découvrant les profondes brûlures maculant – sous les fards – le visage et le cou de Méromée. La Reggia avait été revêtue d’une riche robe aux couleurs des Toal Gahn : l’or et le bleu nuit ; Hardogan, dont la blessure était dissimulée par des vêtements d’apparat et sa lourde épée posée sur sa poitrine, semblait étrangement préservé. Les yeux d’Aartax s’embuèrent et il pressa ses doigts sur ses paupières tout en murmurant :
- Même la mort ne les a pas rapprochés. Ils sont côte-à-côte et semblent pourtant toujours… si étrangers l’un à l’autre.
Taroan, qui l’avait accompagné, s’apprêtait à faire demi-tour, soucieux de lui permettre de laisser libre cours à son chagrin, lorsqu’Aartax l’arrêta d’une question :
- Puis-je voir ta mère ?
Le Dar Féal hésita imperceptiblement, étonné par cette demande, mais il opina finalement et lui ouvrit le chemin jusqu’à la dépendance où logeait Sylaé. Le somniaire albinos avait été un ami dévoué de Myrtan’. Une petite pièce, dont le foyer n’avait pas été allumé, servait de chambre funéraire. Malgré le froid qui régnait aussi en cet endroit, Loryn s’y tenait immobile, assise près du haut lit où reposait le corps de la derwid. La jeune Aria se releva pour s’incliner avec déférence devant Aartax. Ce dernier la releva avec douceur, puis il s’avança pour observer la morte. Myrtan’ avait été revêtue d’une longue robe claire et, avec ses longs cheveux déployés autour de son visage magnifique, son corps sans défaut mis en valeur par la tenue, elle lui fit penser à une jeune fille profondément endormie. Seules ses lèvres exsangues et ses joues blanches trahissaient que la vie l’avait quittée. Aartax recula sans la quitter des yeux.
- La rigidité et la pâleur de la mort n’ont rien enlevé à sa légendaire beauté, murmura-t-il comme pour lui-même, avant de ressortir peu après.
Après un bref échange de regards avec Loryn, le Dar Féal quitta la pièce à son tour et rejoignit son demi-frère qui attendait, les avant-bras posés sur une balustrade sculptée. Le Prince avait la tête levée en direction des vestiges de la haute tour exhibant, plus que jamais, ses meurtrissures dans le bleu pur du ciel d’hiver. Il lança par-dessus son épaule :
- Sais-tu pourquoi je n’ai jamais souhaité lui parler ou même l’approcher, les rares fois où elle est venue à Taal ? Je croyais alors que c’était uniquement par respect pour ma mère, parce que cette dernière souffrait de l’amour indéfectible du Reg pour une autre femme, en dépit de l’éloignement et des ans.
La voix du Prince ne contenait aucune trace de colère, seulement une tristesse lasse. Le jeune Dar Féal vint aussi s’appuyer contre la rambarde et Aartax tourna alors son regard sombre vers lui :
- Même s’il n’y avait pas eu Myrtan’, ma mère serait devenue aigrie et âpre, car telle était sa nature. Je sais aujourd’hui que j’avais peur de donner raison à notre père, de comprendre pourquoi il n’avait aimé que la derwid et, pour finir, de t’envier la mère que les Doriens t’avaient donnée. Elle incarnait ce que tout homme admire : une âme libre qui donne sans rien attendre en contrepartie. Que pouvait une reine, qui avait tant de failles, face à une telle femme ?
Taroan hocha la tête :
- La même nuit, nous avons perdu notre père et nos mères respectives, Aartax. Notre peine est identique, qu’importe ce ou qui elles furent, l’une et l’autre.
Aartax reprit, le regard à nouveau fixé sur la tour :
- Sylaé m’a confié que tu es persuadé que Myrtan’ a offert sa vie pour sauve la tienne.
- Tout comme Méromée s’est sacrifiée, mentit Taroan.
Aartax dévisagea longuement son demi-frère, puis il soupira :
- Je sais ce dont elle était capable, Taroan, mais elle m’avait donné le jour et j’ose croire qu’elle m’aimait… à sa façon. Mais nul ne pourra prétendre connaitre ce qui s’est réellement passé avant que d’avoir mis la main sur Gaéric. Et le plus tôt sera le mieux !
Taroan opina tout en se jurant mentalement de trouver Gaéric avant le Prince. Certains secrets se devaient d’être enterrés avec les morts.
Aartax se redressa soudain :
- Mène-moi maintenant à Aymeryss, Taroan. Sylaé m’a dit demeurer préoccupé par son état, quoiqu’il affirme aussi qu’elle ne présente aucune blessure apparente. Je veux voir par moi-même !
- Alors, suis-moi, proposa son demi-frère en se dirigeant vers un escalier extérieur.
Tout en guidant Aartax, Taroan chercha ses mots :
- Sylaé a fait tout ce qu’il a pu. Mais elle est… changée, finit-il par expliquer.
- Changée ? s’inquiéta le Prince. Que veux-tu dire ?
Taroan l’avait conduit dans les nouveaux appartements de Loryn installés dans une des ailes du Cast qui avait été épargnée. Avant d’ouvrir la lourde porte, il prévint :
- Je l’ai découverte prostrée dans un corridor durant l’incendie. Elle ne parle plus et semble ne vouloir reconnaitre aucun d’entre nous depuis cette nuit de malheur.
Aartax protesta en franchissant le seuil :
- Moi, elle me reconnaitra !
Il avait quitté une enfant pleine de vie et il se retrouva devant un petit être prostré et mutique qui recula pour se réfugier dans les bras d’Essentra − la servante dairfeldienne chargée de veiller sur la Princesse − quand il tenta de l’approcher.
- Brindille ! murmura-t-il, profondément remué. Mais que t’est-il donc arrivé ?
Il retourna peu après auprès de Sylaé pour lui faire part de son inquiétude :
- Ma sœur a-t-elle définitivement perdu la raison ?
- Non, Seigneur, je ne le crois pas, le rassura le somniaire albinos de sa voix douce. Je pense que, pour l’instant, son esprit se protège des violences dont il a été témoin. Je crois à la faculté que possède la conscience de poser un voile d’oubli sur ce qu’elle renferme, en attendant de se réparer. Le temps est un allié précieux.
- Mais alors, insista le Prince, un peu dérouté, quand Aymeryss redeviendra-t-elle comme avant ?
- Cela, je ne peux encore le dire ; il est difficile de savoir combien de jours seront nécessaires à la guérison de tels maux. Toutefois, je constate avec espoir que l’Aria Loryn et Essentra parviennent désormais à l’apaiser, lorsqu’elle est sujette à ses cauchemars. Il faut de la patience et lui laisser le temps de panser des plaies intérieures que les onguents ne peuvent soigner. Le jour où elle parlera à nouveau, je la considérerai sur la voie de la guérison.
L’œil du Prince était devenu plus noir encore, tandis qu’il décrétait :
- Ma première décision en tant que Reg sera d’offrir une forte récompense à qui ramènera Gaéric vivant. Je saurai ce qui s’est passé cette nuit-là et ensuite, il regrettera d’être né !
EXTRAIT DE LA LEGENDE DU NORSGAAT - LIVRE IV - LE FEU, ELAINOR
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