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Bienvenue dans mon petit monde ! Lectrice assidue depuis l'enfance, écrire est rapidement devenu pour moi une passion. Je vous propose de découvrir des extraits de mes livres, mes nouvelles et mes poèmes. Humour, tragédie, fantastique, Fantasy, j'espère que vous trouverez un univers qui vous parle. N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire et à partager. Sophie

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LA DESCENDANCE D'EIDEIN

LA DESCENDANCE D'EIDEIN
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...Le Dar Féal  mena le convoi directement à l’Ermitage, là où se trouvait la tombe de Méroch.  Un duvet blanc commençait à recouvrir les alentours et les contours du tumulus de pierres du derwid étaient adoucis par  le fin manteau. Taroan entreprit de piocher la  terre gelée avec une violence à peine contenue, comme un exutoire à sa peine. Il ne s’aperçut que sa blessure à l’épaule s’était remise à saigner que lorsque Niegel vint lui prendre la pioche des mains, tandis que Prime et Tyssin achevaient de creuser à sa place. La sépulture de Myrtan’ avait été alignée  à la droite de celle de Méroch.  Le jeune homme  alla alors jusqu’au chariot et, soulevant la dépouille rigide dans ses bras, il s’approcha de la tombe, déposa avec douceur son fardeau juste à côté, puis il s’agenouilla pour entrouvrir le linceul. Tant de jours après sa mort, le visage de la derwid était demeuré extraordinairement intact. Il savait pertinemment que le froid seul ne pouvait suffire à ce prodige : la nature particulière de sa mère offrait encore un nouveau mystère. Il avait l’impression que Myrtan’ allait rouvrir les yeux et, pourtant, nul doute ne perdurait : elle était bel et bien morte. Il embrassa le front glacé, regarda longuement et pour la dernière fois les traits de celle qui avait été la plus belle femme des kaers, puis des Toal Gahn et, pour lui, l’être le plus extraordinaire qui eût jamais existé : sa mère. Quand Niegel vint poser une main consolatrice sur son épaule, alors seulement il referma soigneusement le linge blanc sur le visage blême. Ce ne fut que lorsque ses amis jetèrent les première pelletées de terre sur le corps mince qu’une larme glacée roula sur la joue jusqu’à la joue sur laquelle, lorsqu’il était enfant, un poignard avait creusé une fossette. Le jeune homme se ressaisit pour aller chercher, dans la maison de son enfance, un mobile fait de bois sculpté et de pierres que Myrtan’ aimait particulièrement. Il le modifia rapidement pour pouvoir le planter solidement sur le tumulus et, aussitôt, le vent le fit tinter. Il  resta encore un long moment debout devant les deux tombes, tandis que des flocons de plus en plus serrés recouvraient la terre fraîchement retournée. Il eut, un bref instant, la pensée que la Freiya, l’hiver redoutable du pays natal de Myrtan’, était venue lui rendre un dernier hommage.

Soudain, un gémissement attira attention du jeune homme. Il tourna la tête : un grand loup se tenait immobile, à l’angle Est de l’Ermitage et l’observait, le nez au vent. Ses hommes aperçurent l’animal à leur tour et allèrent s’emparer de leurs épées.

- Non, les stoppa Taroan.

Il s’approcha, le cœur battant. Il savait qu’Eidein, la louve qui avait partagé ses jeux d’enfance, devait être morte depuis longtemps, mais il avait l’intuition que cet animal n’était pas là par hasard.  Il nota aussi que sa taille était supérieure à celle des loups  que l’on croisait dans les campagnes toal-gahniennes. Et celui-ci ne bougea pas d’un pouce, se contentant de le fixer de ses yeux ambrés et intelligents, tandis qu’il n’était plus qu’à quelques pas de lui. Taroan constata alors qu’il s’agissait d’une femelle.

- Es-tu l’une des filles d’Eidein ? interrogea-t-il tout haut.

La louve gémit à nouveau et recula, sans le quitter du regard, comme si elle l’invitait à la suivre.

- Attendez-moi ici, ordonna-t-il,  alors que les trois guerriers observaient la scène, médusés.

Sans hésiter, le Dar Féal emboita le pas à l’animal et s’enfonça dans la futaie. La neige ne tombait plus et la louve trottinait tranquillement, jetant par moment un coup d’œil  par-dessus son épaule, comme si elle vérifiait qu’il était toujours derrière elle. Taroan finit par se repérer parmi les sentes : il les avait souvent empruntées avec Eidein ou avec sa mère. Toute son enfance heureuse lui revenait au fur et à mesure qu’il marchait à travers les hautes herbes. Malgré le froid, tout ici bruissait, murmurait, chantait ce que sa mère avait été : la vie. Il la retrouvait dans les arbres, les plantes, les animaux et même dans la rivière joyeuse aux rives moussues saupoudrées de neige, dans l’herbe craquant sous ses pieds. Soudain, la louve s’immobilisa devant l’entrée d’une tanière peu profonde. Aussitôt, quatre boules de poil surgirent en glapissant : quatre louveteaux sevrés et en pleine forme. Ils jappèrent de dépit en constatant que leur mère ne leur rapportait aucune nourriture et demeurèrent prudemment éloignés du jeune homme. Mais Taroan, lui,  n’avait d’yeux que pour l’un des petits loups : les trois premiers étaient de ce brun commun aux canidés des Terres Plates, alors que le quatrième, plus grand sur pattes que les autres,  arborait un gris profond  qu’il n’avait vu que sur un seul autre animal avant lui.

- Un fork ! lança Taroan à haute voix en souriant pour la première fois depuis longtemps.

Il n’y avait plus de doute : il avait bien devant lui la descendance d’Eidein ! Persuadé que  la louve lui avait été envoyée par sa mère, il s’assit contre le tronc d’un chêne et ne bougea plus. La louve ne s’occupa plus de lui et s’engouffra dans un épais taillis. Elle en revint un peu après, portant dans sa gueule le cadavre encore tiède d’un très gros lièvre. Le jeune homme regarda avec une certaine fascination les louveteaux se disputer les lambeaux de chair. Leurs mâchoires brisaient déjà les os durs avec facilité et ils ne firent qu’une bouchée de ce festin. Enfin repus, les petits loups s’installèrent douillettement  tout contre leur mère et fermèrent les yeux. Taroan décida de faire de même et, s’emmitouflant dans sa cape, observa sans bouger les animaux en train de s’endormir. Insensiblement, il sentit que ses propres paupières devenaient lourdes et il sombra sans lutter, car il savait qu’il allait rêver de Myrtan’. Et de fait, jamais elle ne lui avait parue aussi lumineuse et resplendissante.

- N’oublie pas ta promesse, mon fils, entendit-il alors. L’Enfant est la dernière des Quatre. Lorsque le moment sera venu, part pour les îles du Nord, ramène-la et protège-la !

- Mais, s’entendit-il protester. Comment la trouver et comment saurai-je qu’il est temps ?

     Ses derniers mots résonnèrent étrangement, comme s’ils étaient emportés par le vent et Taroan s’éveilla en sursaut. Il frissonna : le soir tombait et la louve avait disparu avec trois de ses petits. Seul le louveteau gris était encore là, non loin de  lui,  se faisant les crocs sur un bout de bois. Le jeune homme se releva et s’approcha de l’animal avec précaution. Celui-ci se figea soudain, demeurant sur trois pattes et le fixa, interdit, mais sans animosité aucune. Taroan se pencha pour  le soulever d’une main par la peau du cou et le regarda droit dans les yeux. L’animal se mit à couiner en gigotant comiquement et le jeune homme esquissa un sourire :

- Il semblerait donc que je doive m’occuper aussi de toi, petit loup ! Quel nom vais-je bien pouvoir de donner ? Tu es une femelle, n’est-ce pas ? Alors, que dirais-tu d’Eirlysia, flamme grise, en Taalite ?

 Un jappement plaintif répondit en écho à sa proposition, l’animal n’appréciant guère d’être ainsi suspendu dans les airs. Taroan se redressa et retourna en direction de l’Ermitage, le louveteau fermement maintenu sous son bras valide. Son épaule blessée, trop sollicitée lorsqu’il avait creusé le sol dur, était à nouveau douloureuse, mais son cœur désormais plus léger.

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